Quoique la température fût encore très chaude, l’air était délicieux à respirer, comme l’odeur d’une fourrure qu’une femme vient de quitter. Une brise légère imprégnée, on eût dit, de tous les parfums de la flore tropicale, rafraîchissait le corps et l’esprit. Et, c’était, autour de nous, un éblouissement. Le ciel, d’une translucidité de grotte féerique, était d’un vert d’or, flammé de rose ; la mer calme, d’un rythme puissant sous le souffle de la mousson, s’étendait extraordinairement bleue, ornée, çà et là, de grandes volutes smaragdines. Nous sentions réellement, physiquement, comme une caresse d’amour, l’approche des continents magiques, des pays de lumière où la vie, un jour de mystère, avait poussé ses premiers vagissements.

Le Jardin des supplices (1899)